Vu de Chine : Se préparer au pire en Corée du Nord

  27 Septembre 2017
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Vu de Chine : Se préparer au pire en Corée du Nord

Vu de Chine : Se préparer au pire en Corée du Nord

Par Jia Qingguo, Université de Pékin, publié sur EeatAsiaForum (Septembre 2017)
Trad. Meta TV International

Les récents essais balistiques et nucléaires ont remis la question du nucléaire en Corée du nord au centre de l’attention international. D’après les analystes, ces tests démontrent non seulement que Pyongyang possède des armes nucléaires, mais également des missiles qui pourraient atteindre la côte ouest des États-Unis. Il ne faudra plus trop longtemps à la Corée du Nord pour développer la capacité de miniaturiser ses armes nucléaires pour qu’elles puissent être embarquées dans ses missiles longs et moyennes distances.

Démonstrations de masse en Corée du Nord en défiance des Etats-Unis (24.09.2017)

 

Comme prévu, la réaction US a été rapide et vive. Le Président Donald Trump a menacé la Corée du Nord d’une « pluie de feu et de furie » s’ils devaient attaquer.

Pour la Chine, la tournure des évènements a exacerbé l’urgence de se préoccuper du problème du nucléaire nord-coréen. Entre autres choses, elle rendu envisageable les possibilités d’une attaque préventive américaine contre la Corée du Nord. Et même si les États-Unis s’abstenaient d’agir ainsi, des sanctions plus dures ainsi que des exercices militaires de plus grande échelle et plus fréquents sont à prévoir. En conséquence, cela augmenterait considérablement les chances d’un conflit militaire et du déclenchement d’une crise en Corée du Nord.

La Chine intensifie d’ores et déjà ses efforts pour la mise en œuvre des sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord. Il est à noter que Pékin a suspendu ses importations de charbon depuis la Corée du Nord qui sont communément considérées comme une source clé des revenus de Pyongyang. La Chine espère que la Corée du Nord reprendra le chemin de la raison et qu’elle acceptera la proposition dite de la « double suspension » signifiant que la Corée du Nord suspendrait ses essais nucléaires et balistiques en échange d’une suspension des exercices militaires conjoints des États-Unis et de la Corée du Sud. Pékin veut croire qu’il s’agit de la seule façon d’apaiser les tensions et de paver la voie au retour du dialogue et des négociations entre les différents parties.

Mais la Corée du Nord a largement ignoré les efforts chinois. Pyongyang poursuit non seulement ses tests de missiles, mais promet aussi publiquement de détruire Guam avec ses armes nucléaires si les États-Unis venaient à utiliser la force contre elle. De mauvais présages de guerre sur la péninsule coréenne se dessinent de plus en plus chaque jour.

Puisque la guerre devient une réelle possibilité, la Chine doit y être préparée et tout en gardant cela à l’esprit, la Chine doit envisager plus sérieusement encore les discussions avec les pays concernés portant sur des plans de contingence.

Les États-Unis et la Corée du Sud ont longtemps tenté de persuader la Chine de tenir des négociations sur des plans de contingence. Jusqu’ici Pékin résiste à cette idée par peur de troubler et de rendre plus hostile Pyongyang. Mais compte tenu de l’évolution récente, Pékin n’a peut-être pas de meilleur choix que de dialoguer avec Washington et Séoul.

Si ces pourparlers prenaient place, la première question que Pékin viendrait à aborder est celle de la responsabilité du contrôle de l’arsenal nucléaire nord-coréen. Après tout, ces armes sont beaucoup trop dangereuses pour rester entre les mains d’une armée nord-coréenne prise par un chaos politique.

D’un côté, la Chine ne serait peut-être pas opposée à l’idée que l’armée US entreprenne cette tâche car cela permettrait d’éviter la prolifération. Les armes nucléaires nord-coréennes n’ont pas une grande valeur technologique et il serait très coûteux de s’en occuper.

D’un autre côté, la Chine pourrait juger problématique le fait que l’armée américaine ait à traverser le 38ème parallèle, ce qui risquerait de réveiller des souvenirs de la guerre de Corée du début des années 1950. Tout compte fait, la Chine se verrait plutôt s’occuper des armes nucléaires elle-même. Les États-Unis pourraient accepter pour les mêmes raisons de non—prolifération et de coût.  Les USA n’ont pas le bagage historique suffisant dans l’entreprise d’une telle action face à l’armée chinoise.

Le deuxième enjeu que Pékin souhaiterait aborder est celui du traitement des potentiels réfugiés. Pékin pourrait consentir à envisager la mise en marche de l’armée populaire de libération à travers la frontière nord-coréenne pour créer une zone de sureté et construire des abris pour les réfugiés et ainsi endiguer un flot massif de réfugiés au nord-est de la Chine.

La troisième question qui serait abordée serait celle de savoir qui serait en charge du rétablissement de l’ordre national en Corée du Nord en cas de crise. Les forces sud-coréennes ? Les forces de maintien de l’ordre des Nations Unies ? Ou d’autres forces ? La Chine s’opposerait probablement à ce que les USA s’en chargeât car cela impliquerait que l’armée américaine ait à traverser le 38ème parallèle.

Le quatrième point que Pékin souhaiterait discuter est celui des arrangements politiques post-crise  dans la péninsule coréenne. Est-ce à la charge de la communauté internationale de mettre en place un nouveau gouvernement en Corée du Nord ? Ou aura-t-elle à soutenir un grand plan de réunification de toute la péninsule en vue d’une union coréenne ?

Enfin, Pékin pourrait également vouloir négocier le retrait du système américain de missiles antibalistiques THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) de la péninsule coréenne une fois le programme nucléaire de Pyongyang démantelé. Pékin considère ce système comme une atteinte à la sécurité de la Chine et fait pression sur les États-Unis et la Corée du Sud pour le faire retirer. Washington et Séoul pourraient songer à accepter. Après tout, les deux ont constamment répété que le déploiement du système THAAD n’était rien d’autre qu’une réponse aux programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

Comme par le passé, la Chine n’a aucune envie d’être confrontée à une situation de crise en Corée du Nord car cela fait peser la menace d’une guerre nucléaire, d’instabilité politique, d’un problème massif de réfugiés et d’autres potentiels conséquences négatives imprévisibles. Mais alors que la situation sur la péninsule coréenne se détériore, la Chine n’a d’autre alternative que de s’y préparer.

Jia Qingguo est professeur en diplomatie et en relations internationales et Doyen de l’école des études internationales, de l’université de Pékin.

Sources :