Dans les 10 à 15 années à venir, l’Allemagne connaitra des moments difficiles

  08 Octobre 2015
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Dans les 10 à 15 années à venir, l’Allemagne connaitra des moments difficiles

Allemagne : « Dans les 10 à 15 années à venir, l’Allemagne connaitra des moments difficiles »

Pour la première fois depuis 1989, François Hollande et Angela Merkel se sont adressés ensemble au Parlement européen, ce mercredi, à Strasbourg. Le sujet des migrants était au cœur du discours de la Chancelière allemande.

Angela Merkel

L'Allemagne pourrait recevoir 1,5 million de réfugiés cette année, peut-on lire dans le quotidien populaire Bild Zeitung du lundi 5 octobre qui cite un document confidentiel de l'administration et que les autorités n'ont pas démenti. Deux fois plus que les estimations officielles, l'administration continuant d'annoncer 800.000 demandeurs d'asile en 2015. Le ministère de l'intérieur a expliqué qu'un pronostic exact était difficile à établir, une grande partie des réfugiés, déjà sur le territoire, n'étant pas encore enregistrés.

Toujours favorable à l'accueil des migrants, Angela Merkel doit faire face à de plus en plus de critiques en Allemagne. Selon un sondage Emnid, 59 % des Allemands estiment que le pays «n'arrivera pas» à surmonter la crise. Le sujet devrait se trouver au cœur du discours de la chancelière, ce mercredi, au Parlement européen à Strasbourg, où elle s'exprimera avec François Hollande.

Manque de ressources pour les Länder

Une grande partie de la politique conduite par l'Allemagne pourrait s'expliquer par la pression démographique. L'alternative proposée est la suivante: vieillir ou accueillir. Le pays est confronté à un déclin démographique impossible à inverser. La solution? Assumer durablement une politique forte migratoire expliquait déjà Le Figaro la semaine dernière. En effet, les Allemands ne semblent pas décidés à mettre au monde des enfants. Selon une étude de la fondation Bertelsmann, la population active allemande pourrait passer de 42,9 millions de personnes aujourd'hui à 29 millions en 2050 si rien n'était fait. Pour maintenir un même niveau d'activité, l'Allemagne aurait besoin de quelque 500.000 migrants par an. Plus prudent, le ministère du Travail évalue, avec une hypothèse d'immigration de 200.000 personnes par an, une diminution de la population active d'environ 3 millions de personnes en 2030.

Néanmoins, le nombre de demandeurs d'asile risque de devenir une «charge extrême pour les régions et les communes», selon le document cité par Bild qui évoque un risque d'effondrement du système d'accueil. En effet, l'afflux sans précédent de réfugiés depuis plusieurs mois inquiète les Länder et les municipalités, qui craignent de manquer de ressources pour les accueillir. «Voilà pourquoi nous devons limiter le nombre et trouver un équilibre», a déclaré Thomas de Maizière, ministre de l'Intérieur allemand, lors d'un débat public à Stuttgart. «Nos capacités sont limitées», a-t-il insisté, assurant que l'adoption d'un plafond aiderait l'opinion à voir la crise migratoire comme une opportunité plutôt que comme un défi.

Retour sur investissement

Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, s'interroge: «À court terme, comment faire face au coût de l‘intégration de toutes ces arrivants s'ils sont 1,5 million en 2015?». «C'est bien dans les dix à quinze prochaines années que l'Allemagne connaîtra des moments difficiles mais au final je suis sûre qu'elle en sortira gagnante», répond Isabelle Bourgeois, chargée de recherches au Centre d'information et de recherches sur l'Allemagne contemporaine (Cirac). L'accueil d'un nombre record de demandeurs d'asile devrait coûter à l'Allemagne quelque 10 milliards d'euros cette année, soit quatre fois plus que l'an dernier, calculait le Frankfurter Allgemeine Zeitung dans son édition du 6 septembre. L'État évalue à 13.000 euros par personne le coût annuel de la prise en charge des réfugiés par les communes, intégrant l'hébergement pendant l'examen de la demande d'asile, les repas, le suivi médical et l'argent de poche. S'y ajoutent un demi-milliard d'euros pour les postes supplémentaires d'enseignants payés par les États régionaux. Il est vrai que «les Allemands dépensent des sommes considérables pour l'intégration des migrants. Quand ces derniers disposent de 330 heures annuelles pour apprendre la langue en France, en Allemagne on leur en offre 600», indique François Héran, directeur de recherches à l'Institut national d'études démographiques (Ined). 2000 employés seront également embauchés par l'Office fédéral de l'immigration et des réfugiés et les renforts policiers, pour un montant non précisé. «L'administration devra se moderniser et se montrer plus souple pour les demandes de papiers», souligne Isabelle Bourgeois.

«Au regard de l'expérience passée d'afflux de réfugiés dans d'autres pays, il n'y aura pas de conséquence négative sur le chômage pour les résidents ni pour l'économie allemande d'une manière générale», avance Hippolyte d'Albis, professeur à l'École d'économie de Paris. C'est un investissement sur l'avenir pour un pays qui manque de main d'œuvre et dont le taux de natalité est si faible, s'accordent à dire les quatre experts.

Si du côté de l'économie, tous les feux semblent au vert pour accueillir ces flux de migrants en Allemagne, Isabelle Bourgeois assure que la question de l'identité allemande va se poser rapidement et que les problèmes risquent d'apparaître au niveau sociétal.

Reste aussi la question non moins cruciale des conséquences sur l'Europe puisque la chancelière réclame la solidarité des autres pays européens prétextant «une communauté de valeurs, une communauté de solidarité qui doit aussi clairement répartir les devoirs». Selon un sondage Ifop-Le Figaro sur «Les Européens et la gestion des flux migratoires», paru en juillet dernier, quasiment 7 Français sur 10 étaient déjà opposés à ce que les migrants africains, qui arrivaient par milliers sur les côtes italiennes, soient répartis dans les différents pays d'Europe et à en accueillir. La même proportion de Français, selon le même sondage, était favorable à la suppression des accords de Schengen entre la France et les autres pays de l'UE.

Sources :